jeudi, 22 février 2018 15:56

LE VÉLO DE MONTAGNE REPRÉSENTE-T-IL UN POTENTIEL TOURISTIQUE SOUS-EXPLOITÉ?

PAR

MAÏTHÉ
LEVASSEUR

Maïthé Levasseur

 

Réseau de veille en tourisme, Chaire de tourisme Transat

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Un sport pratiqué par plus de 2 millions de Canadiens n’est pas une petite niche isolée. Aussi populaire que la planche à neige, le vélo de montagne attire une clientèle aisée et l’amène à voyager; il mérite qu’on s’y intéresse. Le Québec dispose de toutes les cartes dans son jeu pour en faire un produit touristique dynamique et excitant, mais encore peu de lieux ont pris cette voie.

UN SPORT, PLUSIEURS DISCIPLINES

Il existe trois principales disciplines de vélo de montagne.

  • Le cross-country est la discipline la plus populaire et la moins extrême. Les cyclistes circulent sur des sentiers non pavés, parfois étroits et plutôt cahoteux.
  • La descente (downhill) se rapproche du ski alpin. Les cyclistes se rendent au sommet d’une montagne, puis la dévalent à vive allure. Cette discipline est plus dangereuse et spectaculaire, car les pistes sont accidentées. L’été, plusieurs stations de ski, dont certaines au Québec, se transforment pour offrir leurs pistes aux adeptes de ce sport et font fonctionner leurs remonte-pentes.
  • La popularité croissante du freeride, où le parcours est agrémenté de sauts et d’obstacles, a amené la création de parcs expressément dédiés à cette discipline. Elle constitue une voie intéressante pour les régions urbaines, puisqu’elle ne nécessite pas absolument de sentiers naturels.

Source: Mont-Sainte-Anne

Dans les deux derniers cas, l’équipement de protection est très élaboré. S’ajoute le vélo sur glace et sur neige (ice biking). Les cyclistes installent des pneus à crampons sur leur vélo de montagne et allongent ainsi la saison. Quoique ce sport soit encore très marginal, est-ce une voie que le Québec pourrait explorer?

QUI EST LE CYCLISTE DE MONTAGNE?

Selon l’enquête 2011 de Print Measurement Bureau (PMB), plus de 2 millions de Canadiens ont fait du vélo de montagne au moins une fois au cours des 12 derniers mois, soit 7% de la population. Le taux de pratique est légèrement plus faible au Québec (5,5%), qui compte 382 000 adeptes. À titre de comparaison, les taux de pratique au Québec de la planche à neige et du ski de fond se situent respectivement à 4,7% et à 5,4%.

Le cycliste de montagne canadien est un homme (74%) plutôt jeune (25% a entre 25 et 34 ans et 20% entre 35 et 44 ans) disposant d’un revenu élevé (59% ont un revenu par ménage de 75 000$ et plus) et qui est un mordu de son sport. La moitié des adeptes québécois en ont fait dix fois ou plus dans l’année.

Aux États-Unis, plus de 2,5% de la population pratiquait cette activité en 2009, selon The Outdoor Foundation. De son côté, la National Sporting Goods Association fait plutôt état d’un taux de pratique de 10,2% en 2008. Le profil du cycliste américain est semblable à celui du Canada.

Selon un sondage de l’International Mountain Biking Association (IMBA) effectué en 2003, 80% des amateurs de vélo de montagne ont réalisé un voyage d’une nuit ou plus pour pratiquer leur sport. Ces déplacements se font généralement en groupe d’amis. Pour répondre aux besoins des cyclistes, une destination se doit d’offrir une variété de sentiers à des niveaux de difficulté variés, et ce, dans un cadre enchanteur.

La popularité de ce sport se reflète également dans les ventes. Au Canada, les vélos de montagne sont de loin les plus populaires. En 2008, 738 000 unités ont été vendues, comparativement à 357 000 vélos de route et à 157 000 vélos hybrides, selon la Canadian Sporting Goods Association (ces chiffres incluent des vélos de diverses gammes).

Source: Mont-Sainte-Anne

UN APERÇU DE L’OFFRE

Le Canada possède des pistes de vélo de montagne parmi les meilleures au monde, principalement en Colombie-Britannique, en Alberta et au Québec.

  • Opérateur privé, le Mont-Sainte-Anne est reconnu mondialement parmi les adeptes, principalement en raison du Vélirium, une coupe du monde de vélo de montagne et un festival existant depuis 20 ans. Avec 55 000 visiteurs, 3000 athlètes (350 athlètes de la Coupe du monde et 2650 participants amateurs), 3 millions de dollars de budget d’exploitation et 16 millions de dollars de retombées économiques, il s’agit du plus grand festival du genre au Canada. En outre, la station offre 35 sentiers couvrant 179 kilomètres, tant en cross-country qu’en descente avec la remontée en télécabine.

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Source : Vélirium 2011

  • Ski Bromont propose 100 kilomètres répartis dans 25 sentiers ainsi que l’accès à ses remonte-pentes.
  • Mentionnons également Morin Heights, le parc national du Mont-Tremblant et Val-David dans la région des Laurentides, le camp Fortune et le parc de la Gatineau dans l’Outaouais, la Vallée du Bras-du-Nord et les Sentiers du Moulin dans la région de Québec, qui offrent tous des sentiers dédiés au vélo de montagne et, enfin, la Traversée de Charlevoix pour les amateurs de longue randonnée, pour n’en nommer quelques uns.
  • Parmi les opérateurs publics, notons le parc national de la Jacques-Cartier, qui offre un réseau de sentiers de cross-country.

Ailleurs dans le monde, il existe aussi de hauts lieux de vélo de montagne, notamment dans l’Ouest canadien et américain, en Nouvelle-Angleterre, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Divers voyagistes organisent des voyages vers ces destinations.

MIEUX S’ORGANISER POUR FAIRE FACE AUX ENJEUX

Le vélo de montagne est une activité de plus en plus structurée. L’IMBA a été créée en 1988 et vise à protéger et à créer des sentiers, de même qu’à améliorer leur qualité, à travers le monde. L’organisme regroupe 450 clubs de cyclistes et 32 000 individus. Sa filiale canadienne poursuit les mêmes objectifs et met l’accent sur le lobbying auprès des partenaires concernés. L’Association pour le développement des sentiers de vélo de montagne au Québec (ADSVMQ) a comme mission de défendre et de promouvoir les intérêts de la pratique récréative du vélo de montagne.

Le développement de cette activité fait néanmoins face à divers enjeux, notamment en matière de conflits d’usage:

  • environnement: les dommages aux sentiers causés par les cyclistes;
  • sécurité: la perception que certains usagers peuvent en mettre d’autres en danger;
  • social: les buts et les valeurs des usagers d’un lieu de plein air peuvent être incompatibles.

L’entretien des sentiers, une signalisation appropriée ainsi que la sensibilisation et l’éducation des usagers permettent de réduire ces conflits.

Les lieux qui ont misé sur le vélo de montagne et qui ont développé une offre intéressante en récoltent aujourd’hui les fruits. De plus, le succès de la Québécoise Marie-Hélène Prémont aux Jeux olympiques d’Athènes a donné une grande visibilité à ce sport. Si l’on considère l’étendue des forêts du Québec, son profil vallonné et montagneux ainsi que l’intérêt d’une part importante de la population pour ce sport excitant, n’y a-t-il pas lieu de développer de nouveaux pôles d’envergure aptes à attirer une clientèle touristique?

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Source: Vélo Mont-Tremblant

Inspirés? Poursuivez la réflexion en consultant les plans de développement du vélo de montagne de la ville de Coquitlam en Colombie-Britannique, du parc national Brecon Beacons au Pays de Galles, de l’Écosse ou de la Tasmanie. Même Hong Kong se met de la partie!

 

Sources:

– Corporate Research Associate. «Secondary Research – Mountain Biking Market Profiles», pour Parcs Canada, mars 2010.

– Hugues, Chris. «Marketing Mountain Biking Trails», IMBA Canada, consulté le 26 mai 2011.

– Print Measurement Bureau, 2011.

– The Outdoor Foundation. «Outdoor Recreation Participation Report», 2010

 

Sites Web:

– Association pour le développement des sentiers de vélo de montagne au Québec

– National Bicycle International Mountain Bicycling Association

– International Mountain Bicycling Association Canada

– National Bicycle Dealers Association

– National Survey of Recreation and the Environment

 
 
 
 
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