La Chambre régionale des comptes du Grand Est a publié ce lundi 31 mars un rapport sur la politique en faveur du vélo de la Collectivité européenne d'Alsace. Les magistrats relèvent que la collectivité n'a pas investi les montants annoncés et que les outils de mesures sont insuffisants pour observer la fréquentation de son réseau d'itinéraires cyclables.
Si Strasbourg et l'Eurométropole sont des places-fortes du vélo en France avec un nombre record de personnes se rendant au travail à bicyclette, il y a encore fort à faire en Alsace pour promouvoir ce mode de déplacement. La Chambre régionale des comptes du Grand Est publie ce lundi 31 mars un rapport sur sa politique en faveur du vélo
Un schéma directeur a été adopté en juin 2023 par la Collectivité européenne d'Alsace (CeA), fruit d'une fusion entre les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, et qui s'était dotée d'un objectif ambitieux: augmenter ses itinéraires cyclables structurants de 25% pour atteindre un objectif de 1.783 km d'ici à 2030.
Concrètement, ce schéma s'est déjà traduit par la réalisation d'une douzaine de kilomètres de voies comme des sections des itinéraires cyclables de la Vallée de la Bruche, des tronçons de l'itinéraire cyclable situé entre Marckolsheim et Burkheim (Allemagne) via l’Île du Rhin et le barrage EDF ou encore la voie verte de Buhl-Lautenbach pour relier la gare d'Erstein à la passerelle au-dessus de la RD1038).
Un effort de financement insuffisant
Pour appliquer ce schéma, la collectivité a prévu d'investir 155 millions d'euros pour les aménagements de structures. Or, les juges ont noté que seulement 89 millions d'euros étaient inscrits au plan pluriannuel d'investissement (PPI). Les magistrats estiment que la CeA a déjà pris du retard en dépensant 7 millions d'euros entre 2021 et 2023. "La réalisation de 89 millions d'euros d’investissements d’ici à 2035, comme prévu au PPI, nécessiterait une dépense moyenne d’environ 6,3 millions d'euros par an", rappellent-ils
La collectivité a reconnu auprès de la chambre régionale des comptes un "démarrage à un rythme relativement faible" lié notamment "à l’obtention d’autorisations environnementales ou de négociations avec des collectivités qui pourraient s’opposer à certains tracés". La CeA envisage de retrouver le niveau de financement annoncé à partir de 2026.
Des données manquant de fiabilité
L'autre point noir relevé dans le rapport est la qualité des données de fréquentation des itinéraires cyclables. Les magistrats ont ainsi noté que la base de données comprenait des incohérences, des doubles, des erreurs de rattachement géographique.
La collectivité a indiqué dans ses observations provisoires communiquées à la chambre "qu’elle avait fiabilisé ses données en créant un nouvel outil informatique de gestion du patrimoine routier et cyclable harmonisant les anciens référentiels des deux départements et des services de l’État gestionnaires du réseau"
Par ailleurs, la CeA dispose d'une cinquantaine de compteurs à vélo sur son territoire, mais seulement une douzaine ont fonctionné entre 2019 et 2023 à cause de pannes et de déchargements de batteries. Pour les magistrats, des doutes persistent sur la fiabilité des données recueillie, d'autant qu'elles ne correspondent pas aux fréquentations relevées sur la quarantaine de compteurs disposés à Strasbourg, Saint-Louis et Mulhouse qui ne sont pas intégrés au dispositif de veille.
Par ailleurs, la chambre régionale des comptes du Grand Est révèle qu’il n’existe pas de modèle mathématique prédictif utilisé par la CeA pour permettre de corréler les aménagements cyclables proposés à leur fréquentation. Or, c'est un outil de pilotage généralement utilisé par les maîtres d'ouvrage.
L'objectif de ce schéma et des initiatives portées aux échelons locaux et régionaux est de porter la part modale du vélo à 12% des déplacements à l'horizon 2030. Aujourd'hui en Alsace, les dernières études chiffrent la part modale du vélo à 6%, soit trois points en deçà des objectifs nationaux.